Le bonheur du joueur de boules
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Gaston Vieujeux, une poésie dérangeante
Gaston Vieujeux, poète moderne peu en phase avec les dérives de la société actuelle, exprime crûment sa révolte.
Tout en respectant dans ses vers la métrie la plus orthdoxe et en utilisant le plus souvent la forme la plus contraignante qui soit, le sonnet !
A l'instar d'un Rabelais ou d'un Céline, il utilise un langage vigoureux qu'il ne craint pas de mêler à ses rimes.
Ce qui n'exclut pas l'émotion ou la nostalgie.
Mais si tu as peur des mots, lecteur, passe ton chemin.
Ouvrages de Gaston Vieujeux
"café soluble et cocotier" (2007)
"le bonheur du joueur de boules" (2004)
"obsolète blues" (2002)
"vice de forme" (1999)
"louette" (1997)
"Abolis bibelots (1990)
Le bonheur du joueur de boules

On peut acheter l'ouvrage auprès de "La Galipote" :
- I : poèmes 1 à 3
1. les coulisses de l’exploit
et vous voyant de dos
il me reviendrait presque
un brin de libido
loin d’un art hypocrite
ignorant l’adipeux
ce tableau-là mérite
que l’on s’attarde un peu
que le regard s’emmêle
à votre instinct femelle
si faussement naïf
et savoure en silence
votre intime opulence
ô ma boule de suif
2. soins palliatifs
et la douceur du soir
l’hôpital et la chambre
où vous veniez me voir
et j’évoque sans cesse
maintenant que j’ai peur
votre corps de déesse
offert comme une fleur
votre chair opulente
allant lascive et lente
aux derniers feux du jour
et dansant dérisoire
au fond de ma mémoire
la danse de l’amour
3. hétéro sapiens
ailleurs que sur ta peau
ce que j'avais à dire
de plus vrai de plus beau
sans ouvrir d'autre livre
que celui de ton corps
ce que j'avais à vivre
pour ne plus être mort
un an de page en page
l'impuissance et la rage
et la fuite des mots
des brouillons des ratures
c’est un fichu boulot
que la littérature- II : poèmes 4 à 6
4. belle au bois dormant
la porte était ouverte
vous dormiez - dormiez-vous -
seule et si peu couverte
j’ai caressé des yeux
du bout des doigts sans doute
votre corps silencieux
étendu sur ma route
je me suis enhardi
vous ne m’avez rien dit
et pour jamais j’ignore
s’il vous était aisé
de me laisser penser
que vous dormiez encore
5. l’origine du monde
des lèvres entr'ouvertes
à l’ombre de l'été
la fine fleur offerte
ma langue lentement
lapant à ses pétales
le trouble nonchalant
d’une aube végétale
et l'averse soudain
la source dans ma main
cette eau là qui m'inonde
et me noie tout entier
ô vivant bénitier
l'origine du monde
6. sorcière
avides d'aube et de lumière
regard offert à toi d'abord
immense et femme tout entière
et moi grandi de ce regard
comme du sang de ta présence
homme le tien de part en part
roulant la vague qui s'avance
infiniment d'âme et de chair
sexes joignant à découvert
ta peau vivante à ma peau vive
inondés loin dans la douceur
nous voici rive à l'autre rive
ensemble aux portes du bonheur
- III : poèmes 7 à 9
7. météo marine
et qui me contrarie
de laisser monsieur phoque
et madame otarie
plonger dans la mélasse
et dans l’eau de boudin
pour qu’un con se prélasse
aux palais d’aladin
de leur servir en guise
de glace et de banquise
une soupe au cafard
pour qu’il aille en famille
sucer à zanzibar
un esquimau vanille
8. ivresse des profondeurs I
l’intime humidité
de ta fleur carnivore
ma bouche boive encore
avec avidité
l’eau qui la fit éclore
cette eau qui s’élabore
en longue volupté
aux lèvres de l’amphore
mêlant d’algue incolore
et de limpidité
les roses de l’aurore
9. ivresse des profondeurs II
plus ample volupté
au ventre qui l’implore
que monte et monte encore
de l’océan bleuté
la vague qui s’ignore
et que l’eau de l’aurore
en cet ultime été
se fane et s’évapore
m’avale et me dévore
l’humide intimité
de ta fleur carnivore- IV : poèmes 10 à 12
10. salons du livre
non rien de rien vraiment
mais tenir à l'écrire
et pisser du roman
pour une rime idiote
un bon mot périmé
pondre un sonnet de chiotte
et le faire imprimer
se proclamer poète
à chaque fois qu'on pète
ou qu'on se fait dessus
et poser le dimanche
au sein d'une avalanche
de vieux cons méconnus
11. no virus found
quand tu dansais fragile
quand plus rien au dehors
ne suggérait la ville
quand tu dansais pour moi
charnelle et magnifique
la plus lente qui soit
des danses de l’afrique
quand je sentais ta peau
s’ouvrir sous le manteau
de nos matins hybrides
comme j’aimais alors
entrelacer ton corps
dans mes cristaux liquides
12. chienne de vie
serait-ce à carcassonne
ça risque d’être dur
j’ai la queue qui déconne
te prendre au dépourvu
sans X et sans hormone
ça risque d’être ardu
j’ai la queue qui déconne
pisser dans ton violon
ça risque d’être long
et plutôt monotone
quant à singer toutou
ça risque rien du tout
j’ai la queue qui déconne- V : poèmes 13 à 15
13. sardines à l’huile
se contenter d'une souffrance
d'une rengaine en la mineur
au fond d'un cœur aride et rance
tenir la vie très au dehors
se contenter d'une existence
et d'un cancer comme un remords
au fond d'un corps sans importance
laisser filer le fil des jours
le fil des ans et des amours
tourner autour de quelques miettes
ne plus chercher ne plus vouloir
et comme un vieux rempli d'espoir
pleurer le soir dans son assiette
14. indigestion
et de sous-vêtements
de ton rapport complexe
à tes anciens amants
tu me parlais de chine
et de méditations
d’erreur à l’origine
dans bien des relations
tu me parlais de stages
de couple et de partage
d’absence de projet
et jusqu’à l’overdose
tu me parlais de choses
et rien ne s’arrangeait
15. le bonheur du joueur de boules
me contenter de vivre
sans ce putain d’espoir
dont rien ne me délivre
éprouver du plaisir
aux choses ordinaires
bouffer baiser dormir
et faire des affaires
raconter aux enfants
que le monde des grands
n’est pas un pot de chiasse
et juste avant minuit
me retirer sans bruit
et sans souci de trace- VI : poèmes 16 à 18
16. médecines parallèles
cambrée à quatre pattes
et voilà du boulot
pour ton ostéopathe
te lécher comme un fou
d’une langue analogue
et c’est un rendez-vous
chez ton gynécologue
me sucer ? non merci
encore un an de psy
tu serais trop contente
amour je n’en peux plus
de voir tourner ton cul
dans les salles d’attente
17. foire du trône
et la mort au poumon
nous vivons à la colle
dans un cirque à la con
cancer et camisole
comme unique horizon
d’un moulin sans parole
qui ne tourne pas rond
métros des métropoles
bercés par le flonflon
des folles farandoles
à deux nous regardons
notre vie qui s’envole
et nos jours qui s’en vont
18. dénominateur commun
il fera bientôt nuit
quatre cents kilomètres
et retour vers l’ennui
tu dormiras sans doute
ou tu feras semblant
clignotant restoroute
et ma vie comme avant
à la table d’en face
une ombre plutôt classe
tailleur et cheveux courts
son reflet dans la glace
pour nous deux quoi qu’on fasse
c’est la fin du parcours- VII : poèmes 19 à 21
19. carte postale
dans son maillot de chez sumo
au rayon modes et tendances
le boudin blanc est en promo
amas de mous et de mamelles
monceaux de tripes avachis
tout ça se vautre pêle-mêle
gavé de farce et de hachis
et tout ça suinte sur la plage
en attendant l’équarrissage
ou la remballe du mois d’août
la chair excite chez la femme
un peu moins chez l’hippopotame
je pense à vous bisous partout
20. catastrophe naturelle
matin sourire
message / envoi
pour te le dire
et sur ma peau
ton baiser tendre
matin cadeau
instants à prendre
j'aime ton cœur
et la douleur
qui nous démêle
souci de rien
tout me va bien
la vie est belle
21. plan d’occupation des sols
le cul collé dans son auto
le con des villes gesticule
et se bouscule au bord de l’eau
retrouvant là ses congénères
il s’offre l’abandon foetal
et les ivresses ordinaires
du cornichon dans son bocal
et il s’entasse il s’agglutine
barbotant dans la gélatine
et le bouillon de pot-au-feu
ravi de prendre avec sa poule
dans ce mélange aqueux leu leu
un formidable urbain de foule
- VIII : poèmes 22 à 24
22. développement durable
lubrique et ridicule
où l’enculé de peu
réclame qu’on l’encule
gavé de poudre aux yeux
et de rêve à deux balles
c’est le dindon joyeux
des farces cannibales
et tandis qu’à tout prix
dans un flot de mépris
le luxe dégouline
avec un soin jaloux
il préserve avant tout
sa noix de vaseline
23. dommages collatéraux
les sacs et les cartons
en avant l'aventure
ce matin nous partons
à fond sur l'autoroute
nous serons imprudents
et nous verrons sans doute
de jolis accidents
de longs carambolages
des gens de tous les âges
pressés et compressés
et dans les ambulances
des morts et des blessés
qui soldent leurs vacances
24. fête de la musique
tant je la trouvais belle
facile et sans façon
moi qui ne savais qu’elle
du jour au lendemain
sans trop que je comprenne
la phrase du refrain
m’est devenue rengaine
chacun de ses couplets
maintenant me déplaît
son écho m’incommode
rien n’a le même goût
et je donnerais tout
pour un air à la mode- IX : poèmes 25 à 27
25. double XL
des fesses estivales
doux jésus dieu du ciel
que les femmes sont belles
fruits mûrs ou fleurs du mal
leurs croupes animales
déclinent l'essentiel
en longues ribambelles
de face ou de profil
tous ces dos qui défilent
vous sortent du formol
et chairs fermes ou molles
allument au mot cul
des cierges majuscules
26. intermittence du spectacle
comme une fin de nous
on est déjà dimanche
et vous rentrez chez vous
je reste avec moi-même
et mon désir de rien
l’écho de vos je t’aime
et ce film algérien
que l’absence protège
nos traces dans la neige
et l’odeur de la nuit
le souffle et puis la flamme
ce feu qui se nourrit
à votre corps de femme
27. trois étoiles
où nos corps s’indiffèrent
un silence éternel
égaye l’atmosphère
repos calme et confort
annonçait la brochure
nous avons fait très fort
pour un soir de rupture
pas un souffle dans l’air
pas un mot de travers
la nuit est immobile
et dans cette eau qui dort
nous jouons à la mort
au milieu de la ville- X : poèmes 28 à 30
28. renaissance
c’est ton parfum de femme
et la fin des pourquoi
dans mon coeur en réclame
c’est la rose des vents
par ta fenêtre ouverte
et nos grands yeux d’enfants
sur cette fleur offerte
c’est ta main de janvier
mêlant l’eau de l’allier
à mes larmes profondes
et c’est jour après jour
notre chanson d’amour
aux quatre coins des mondes
29. cucul la praline
quand tout se ratatine
non le tien ne vaut pas
celui de valentine
quoique d’assez bon goût
et d’ampleur acceptable
nous n’aimons pas beaucoup
le voir à notre table
trop vite consentant
trop chic et trop content
de rabâcher son rôle
il ne vaut pas le sien
certes moins parisien
mais tellement plus drôle
30. dernière démarque
ce bonheur accessible
que la peur d’être soi
met au cœur de la cible
la présence d’un corps
endormi dans l’attente
et peuplant le décor
de son ombre vivante
les amis les cadeaux
le beaujolais nouveau
et la crème antirides
l’agenda qu’on remplit
pour calmer dans l’oubli
l’évidence du vide- XI : poèmes 31 à 33
31. port la nouvelle
département de l'aude
vos jambes chaque fois
comme un désir qui rôde
vous faites le détour
en évitant les herbes
un sourire un bonjour
et vos jambes superbes
vous avez des enfants
ils vous suivent souvent
mais je n'ai pas vu d'homme
voilà je n'y peux rien
je suis seul ou tout comme
et vous me plaisez bien
32. aquarelle
le silence idéal
pas de barque inutile
pas non plus de mistral
sur la mer immobile
l’azur horizontal
au loin peut-être une île
un petit point final
pas de présence humaine
pas de mât de misaine
un monde minéral
où cependant s’obstine
une ombre féminine
en creux - qui me fait mal
33. fin de séjour
la fesse est large et molle
je trouve le tableau
assez bandant parole
j'imagine un moment
cette chair qui tremblote
remuant autrement
sans gêne et sans culotte
peut-être cinquante ans
deux petits seins contents
de tomber sur un ventre
en un mot la beauté
derniers feux de l'été
quelques jours et je rentre