Le bonheur du joueur de boules

De Editwiki.

(retour Accueil Atulu)

(retour Accueil CDB)


Pour accéder directement aux poèmes mis en ligne le 26 février, cliquer ci-dessous sur " XI : poèmes 31 à 33 "


Sommaire

Gaston Vieujeux, une poésie dérangeante

Image:gaston.gif Gaston Vieujeux, poète moderne peu en phase avec les dérives de la société actuelle, exprime crûment sa révolte.

Tout en respectant dans ses vers la métrie la plus orthdoxe et en utilisant le plus souvent la forme la plus contraignante qui soit, le sonnet !

A l'instar d'un Rabelais ou d'un Céline, il utilise un langage vigoureux qu'il ne craint pas de mêler à ses rimes.

Ce qui n'exclut pas l'émotion ou la nostalgie.

Mais si tu as peur des mots, lecteur, passe ton chemin.

Ouvrages de Gaston Vieujeux

"café soluble et cocotier" (2007)

"le bonheur du joueur de boules" (2004)

"obsolète blues" (2002)

"vice de forme" (1999)

"louette" (1997)

"Abolis bibelots (1990)




Le bonheur du joueur de boules

Image:gaston2.gif


On peut acheter l'ouvrage auprès de "La Galipote" :

www.lagalipote.fr

(retour Accueil Atulu)

(retour Accueil CDB)

- I : poèmes 1 à 3

1. les coulisses de l’exploit


la pose est pittoresque

et vous voyant de dos

il me reviendrait presque

un brin de libido


loin d’un art hypocrite

ignorant l’adipeux

ce tableau-là mérite

que l’on s’attarde un peu


que le regard s’emmêle

à votre instinct femelle

si faussement naïf


et savoure en silence

votre intime opulence

ô ma boule de suif




2. soins palliatifs


je regrette septembre

et la douceur du soir

l’hôpital et la chambre

où vous veniez me voir


et j’évoque sans cesse

maintenant que j’ai peur

votre corps de déesse

offert comme une fleur


votre chair opulente

allant lascive et lente

aux derniers feux du jour


et dansant dérisoire

au fond de ma mémoire

la danse de l’amour




3. hétéro sapiens


plus d'un an sans écrire

ailleurs que sur ta peau

ce que j'avais à dire

de plus vrai de plus beau


sans ouvrir d'autre livre

que celui de ton corps

ce que j'avais à vivre

pour ne plus être mort


un an de page en page

l'impuissance et la rage

et la fuite des mots


des brouillons des ratures

c’est un fichu boulot

que la littérature

- II : poèmes 4 à 6

4. belle au bois dormant

je suis entré chez vous

la porte était ouverte

vous dormiez - dormiez-vous -

seule et si peu couverte


j’ai caressé des yeux

du bout des doigts sans doute

votre corps silencieux

étendu sur ma route


je me suis enhardi

vous ne m’avez rien dit

et pour jamais j’ignore


s’il vous était aisé

de me laisser penser

que vous dormiez encore




5. l’origine du monde


dans cette humidité

des lèvres entr'ouvertes

à l’ombre de l'été

la fine fleur offerte


ma langue lentement

lapant à ses pétales

le trouble nonchalant

d’une aube végétale


et l'averse soudain

la source dans ma main

cette eau là qui m'inonde


et me noie tout entier

ô vivant bénitier

l'origine du monde




6. sorcière


mélange intime de nos corps

avides d'aube et de lumière

regard offert à toi d'abord

immense et femme tout entière


et moi grandi de ce regard

comme du sang de ta présence

homme le tien de part en part

roulant la vague qui s'avance


infiniment d'âme et de chair

sexes joignant à découvert

ta peau vivante à ma peau vive


inondés loin dans la douceur

nous voici rive à l'autre rive

ensemble aux portes du bonheur


(retour Accueil Atulu)

(retour Accueil CDB)


- III : poèmes 7 à 9

7. météo marine


c’est une idée loufoque

et qui me contrarie

de laisser monsieur phoque

et madame otarie


plonger dans la mélasse

et dans l’eau de boudin

pour qu’un con se prélasse

aux palais d’aladin


de leur servir en guise

de glace et de banquise

une soupe au cafard


pour qu’il aille en famille

sucer à zanzibar

un esquimau vanille




8. ivresse des profondeurs I


avant que s’évapore

l’intime humidité

de ta fleur carnivore


ma bouche boive encore

avec avidité

l’eau qui la fit éclore


cette eau qui s’élabore

en longue volupté

aux lèvres de l’amphore


mêlant d’algue incolore

et de limpidité

les roses de l’aurore




9. ivresse des profondeurs II


avant que vienne éclore

plus ample volupté

au ventre qui l’implore


que monte et monte encore

de l’océan bleuté

la vague qui s’ignore


et que l’eau de l’aurore

en cet ultime été

se fane et s’évapore


m’avale et me dévore

l’humide intimité

de ta fleur carnivore

- IV : poèmes 10 à 12

10. salons du livre


ne rien avoir à dire

non rien de rien vraiment

mais tenir à l'écrire

et pisser du roman


pour une rime idiote

un bon mot périmé

pondre un sonnet de chiotte

et le faire imprimer


se proclamer poète

à chaque fois qu'on pète

ou qu'on se fait dessus


et poser le dimanche

au sein d'une avalanche

de vieux cons méconnus




11. no virus found


comme j’aimais ton corps

quand tu dansais fragile

quand plus rien au dehors

ne suggérait la ville


quand tu dansais pour moi

charnelle et magnifique

la plus lente qui soit

des danses de l’afrique


quand je sentais ta peau

s’ouvrir sous le manteau

de nos matins hybrides


comme j’aimais alors

entrelacer ton corps

dans mes cristaux liquides




12. chienne de vie


te mettre au pied du mur

serait-ce à carcassonne

ça risque d’être dur

j’ai la queue qui déconne


te prendre au dépourvu

sans X et sans hormone

ça risque d’être ardu

j’ai la queue qui déconne


pisser dans ton violon

ça risque d’être long

et plutôt monotone


quant à singer toutou

ça risque rien du tout

j’ai la queue qui déconne

- V : poèmes 13 à 15

13. sardines à l’huile


faire une croix sur le bonheur

se contenter d'une souffrance

d'une rengaine en la mineur

au fond d'un cœur aride et rance


tenir la vie très au dehors

se contenter d'une existence

et d'un cancer comme un remords

au fond d'un corps sans importance


laisser filer le fil des jours

le fil des ans et des amours

tourner autour de quelques miettes


ne plus chercher ne plus vouloir

et comme un vieux rempli d'espoir

pleurer le soir dans son assiette




14. indigestion


tu me parlais de sexe

et de sous-vêtements

de ton rapport complexe

à tes anciens amants


tu me parlais de chine

et de méditations

d’erreur à l’origine

dans bien des relations


tu me parlais de stages

de couple et de partage

d’absence de projet


et jusqu’à l’overdose

tu me parlais de choses

et rien ne s’arrangeait




15. le bonheur du joueur de boules


j’aurais aimé pouvoir

me contenter de vivre

sans ce putain d’espoir

dont rien ne me délivre


éprouver du plaisir

aux choses ordinaires

bouffer baiser dormir

et faire des affaires


raconter aux enfants

que le monde des grands

n’est pas un pot de chiasse


et juste avant minuit

me retirer sans bruit

et sans souci de trace

- VI : poèmes 16 à 18

16. médecines parallèles


te prendre au grand galop

cambrée à quatre pattes

et voilà du boulot

pour ton ostéopathe


te lécher comme un fou

d’une langue analogue

et c’est un rendez-vous

chez ton gynécologue


me sucer ? non merci

encore un an de psy

tu serais trop contente


amour je n’en peux plus

de voir tourner ton cul

dans les salles d’attente




17. foire du trône


la mamelle un peu molle

et la mort au poumon

nous vivons à la colle

dans un cirque à la con


cancer et camisole

comme unique horizon

d’un moulin sans parole

qui ne tourne pas rond


métros des métropoles

bercés par le flonflon

des folles farandoles


à deux nous regardons

notre vie qui s’envole

et nos jours qui s’en vont




18. dénominateur commun


apprendre à se connaître

il fera bientôt nuit

quatre cents kilomètres

et retour vers l’ennui


tu dormiras sans doute

ou tu feras semblant

clignotant restoroute

et ma vie comme avant


à la table d’en face

une ombre plutôt classe

tailleur et cheveux courts


son reflet dans la glace

pour nous deux quoi qu’on fasse

c’est la fin du parcours

- VII : poèmes 19 à 21

19. carte postale


juillet la viande est en vacances

dans son maillot de chez sumo

au rayon modes et tendances

le boudin blanc est en promo


amas de mous et de mamelles

monceaux de tripes avachis

tout ça se vautre pêle-mêle

gavé de farce et de hachis


et tout ça suinte sur la plage

en attendant l’équarrissage

ou la remballe du mois d’août


la chair excite chez la femme

un peu moins chez l’hippopotame

je pense à vous bisous partout




20. catastrophe naturelle



rêvé de toi

matin sourire

message / envoi

pour te le dire


et sur ma peau

ton baiser tendre

matin cadeau

instants à prendre


j'aime ton cœur

et la douleur

qui nous démêle


souci de rien

tout me va bien

la vie est belle




21. plan d’occupation des sols


bouchon des jours de canicule

le cul collé dans son auto

le con des villes gesticule

et se bouscule au bord de l’eau


retrouvant là ses congénères

il s’offre l’abandon foetal

et les ivresses ordinaires

du cornichon dans son bocal


et il s’entasse il s’agglutine

barbotant dans la gélatine

et le bouillon de pot-au-feu


ravi de prendre avec sa poule

dans ce mélange aqueux leu leu

un formidable urbain de foule


- VIII : poèmes 22 à 24

22. développement durable


le présent n’est qu’un jeu

lubrique et ridicule

où l’enculé de peu

réclame qu’on l’encule


gavé de poudre aux yeux

et de rêve à deux balles

c’est le dindon joyeux

des farces cannibales


et tandis qu’à tout prix

dans un flot de mépris

le luxe dégouline


avec un soin jaloux

il préserve avant tout

sa noix de vaseline




23. dommages collatéraux


j'ai mis dans la voiture

les sacs et les cartons

en avant l'aventure

ce matin nous partons


à fond sur l'autoroute

nous serons imprudents

et nous verrons sans doute

de jolis accidents


de longs carambolages

des gens de tous les âges

pressés et compressés


et dans les ambulances

des morts et des blessés

qui soldent leurs vacances




24. fête de la musique


je chantais ta chanson

tant je la trouvais belle

facile et sans façon

moi qui ne savais qu’elle


du jour au lendemain

sans trop que je comprenne

la phrase du refrain

m’est devenue rengaine


chacun de ses couplets

maintenant me déplaît

son écho m’incommode


rien n’a le même goût

et je donnerais tout

pour un air à la mode

- IX : poèmes 25 à 27

25. double XL


début du festival

des fesses estivales

doux jésus dieu du ciel

que les femmes sont belles


fruits mûrs ou fleurs du mal

leurs croupes animales

déclinent l'essentiel

en longues ribambelles


de face ou de profil

tous ces dos qui défilent

vous sortent du formol


et chairs fermes ou molles

allument au mot cul

des cierges majuscules




26. intermittence du spectacle


vos larmes sur ma manche

comme une fin de nous

on est déjà dimanche

et vous rentrez chez vous


je reste avec moi-même

et mon désir de rien

l’écho de vos je t’aime

et ce film algérien


que l’absence protège

nos traces dans la neige

et l’odeur de la nuit


le souffle et puis la flamme

ce feu qui se nourrit

à votre corps de femme




27. trois étoiles


dans la chambre d’hôtel

où nos corps s’indiffèrent

un silence éternel

égaye l’atmosphère


repos calme et confort

annonçait la brochure

nous avons fait très fort

pour un soir de rupture


pas un souffle dans l’air

pas un mot de travers

la nuit est immobile


et dans cette eau qui dort

nous jouons à la mort

au milieu de la ville

- X : poèmes 28 à 30

28. renaissance


cette ville c’est toi

c’est ton parfum de femme

et la fin des pourquoi

dans mon coeur en réclame


c’est la rose des vents

par ta fenêtre ouverte

et nos grands yeux d’enfants

sur cette fleur offerte


c’est ta main de janvier

mêlant l’eau de l’allier

à mes larmes profondes


et c’est jour après jour

notre chanson d’amour

aux quatre coins des mondes




29. cucul la praline


même en fin de repas

quand tout se ratatine

non le tien ne vaut pas

celui de valentine


quoique d’assez bon goût

et d’ampleur acceptable

nous n’aimons pas beaucoup

le voir à notre table


trop vite consentant

trop chic et trop content

de rabâcher son rôle


il ne vaut pas le sien

certes moins parisien

mais tellement plus drôle




30. dernière démarque



j’ai rêvé quelques fois

ce bonheur accessible

que la peur d’être soi

met au cœur de la cible


la présence d’un corps

endormi dans l’attente

et peuplant le décor

de son ombre vivante


les amis les cadeaux

le beaujolais nouveau

et la crème antirides


l’agenda qu’on remplit

pour calmer dans l’oubli

l’évidence du vide

- XI : poèmes 31 à 33

31. port la nouvelle


deux bungalows en bois

département de l'aude

vos jambes chaque fois

comme un désir qui rôde


vous faites le détour

en évitant les herbes

un sourire un bonjour

et vos jambes superbes


vous avez des enfants

ils vous suivent souvent

mais je n'ai pas vu d'homme


voilà je n'y peux rien

je suis seul ou tout comme

et vous me plaisez bien




32. aquarelle


l’atmosphère est tranquille

le silence idéal

pas de barque inutile

pas non plus de mistral


sur la mer immobile

l’azur horizontal

au loin peut-être une île

un petit point final


pas de présence humaine

pas de mât de misaine

un monde minéral


où cependant s’obstine

une ombre féminine

en creux - qui me fait mal




33. fin de séjour


juste un bas de maillot

la fesse est large et molle

je trouve le tableau

assez bandant parole


j'imagine un moment

cette chair qui tremblote

remuant autrement

sans gêne et sans culotte


peut-être cinquante ans

deux petits seins contents

de tomber sur un ventre


en un mot la beauté

derniers feux de l'été

quelques jours et je rentre


retour accueil Atulu

retour accueil Couleurs de Brie