Sombra y Sol
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Sombra y Sol
C’est un de ces écrivains qui mènent l’éternel combat de la gaieté contre la tristesse. »
Charles Dantzig
Sombra y Sol suivi de Mistress Laura, recueil de poèmes de Paul Sandrin, paru en février 2005.

"Ce petit ouvrage étoffe l'œuvre de l'auteur de l'éclat de soleil qui affleure en son titre...". M.G., La Galipote, 05-2006.
Du même auteur :
« Saints d’Auvergne », récits, Editions Gerbert Aurillac, 2000
« L’irrésistible ascension de la Julie de Cornemure », roman, Editions La Galipote Vertaizon, 2003
« Un sourire du pays des Vertes Gentianes », roman, Editions de l’Ermitage, 2004.
Il y avait dans tes yeux l’insolence féconde,
La soif inassouvie des horizons du monde…Les mots
quelques mots font une poésie
les mots il suffit qu’on les aime
pour écrire un poème… »
Raymond Queneau
J’aime les mots
J’aime les mots,
J’aime l’image,
Magie des mots,
Le calembour, le jeu de mots,
L’allusi-on, l’humour, un mot,
Et l’ironie, la connivence,
L’échange, un regard, un silence,
Une fleur pour toi, quelle éloquence !
Toujours des mots.
Incommunicabilité
« We live alone and we die alone…»
(Nous vivons seul et nous mourons seul)
Mots, cris, recours,
Appel, discours !
Paroles dans le vent,
Tempêtes du néant ?
Et pourtant moi, je puis le dire,
Auprès de toi, je me sens bien.
Et puis à toi, tu le sais bien,
Je n’ai pas besoin de le dire !
La parole
La parole d’en haut ?
Pour qui ne l’entend pas,
Il n’y a que le noir,
Le silence et le froid,
Lorsque au bout du rouleau,
Et malgré les guirlandes,
Les mots ne sont plus là !
Le nom
Il écrit son nom,
Liberté !
Et toi,
Dans le vent de la plage,
Tu cries mon nom !
Au soleil, sous l’orage,
Tu cries mon nom !
Et moi,
J’écris, je crie !
Je pleure et je ris.
Parfois,
Je rêve aussi...
De chaînes !
Tu as pris mon nom !
L’écriture
Message ?
Pour qui ? Pourquoi ?
Avenir, postérité ?
Vérités ? Vérité ?
Capter l’impression, le sentiment !
Saisir l’émotion, la beauté, l’instant !
Aujourd’hui !
Ranimer le souvenir.
Chevaucher le rêve.
Hier et demain !
Etre attentif à soi,
Au monde et à l’autre.
Ecrire ? L’échange ! La vie !
Etre…
Plaidoyer
Bousculer la littérature ?
Sus à l'académisme
Le lettrisme combattant l’illettrisme, Place à l’ésotérisme ?
Voire à l’hermétisme
Et…à l’imposture ?
Pour la claire compréhension,
Dans la simplicité d’expression !
Pour l’arbre dans la forêt !
Pour l’homme dans l’humanité !
Pour le petit bruit de l’œuf dur sur le comptoir !
Toc, toc !
Poésie
Petite musique de l’âme ?
De la pâtée pour un psychiatre ?
Que suis-je ? Qui suis-je ?
Un homme, tel que toi ?
Qui sent un peu,
Qui ne sait pas ?
Où es-tu ? Qui es-tu ?
M’entends-tu ?
Habiller sentiments
Et passions en rimes,
Ou en mimes ?
Sourire, larme,
Lequel cache l’autre ?
Chants ou grimaces ?
Clown ou poète ?
« Comediante, tragediante »
Parlez-vous sérieusement ?
Comment discourir plaisamment,
Dans la gravité du moment ?
Etes-vous homme ou insensible ?
Le fond, la forme, le rire et le tragique ?
Cacophonie intime, sérénade ou cantique,
Etat d’âme aux couleurs du temps,
Ariette ou opéra ? Musique, musique…
Ombres et Nuit
Quand le regret…
Nous allons du même pas,
Ma hanche contre ta hanche,
Ton épaule coulée sous mon bras ;
Autour de ma taille, ta manche
Découvre une petite main,
Elle cherche aussitôt ma main
Et, confiante, t'arrime à moi.
Nous voguons d'une frêle joie,
Effaçant soudain les tracas ;
Le malheur lui-même recule d'un pas.
Il reste ta mélancolie,
Liée à ma nostalgie.
Notre ballet rythme l'apaisement,
Quand l'angoisse se fait langueur,
Quand le regret, un temps, se mue en souvenir.
Et l'esquisse d'une fragile douceur,
Aux tons pastel de nos sourires,
Fait écho aux rires d'antan,
Qui fusaient sous d'autres couleurs.
Nous
Tu t’écartes d’un pas ; je m’éloigne d’autant.
Déjà je me sens las, le voici ce néant !
Il ne connaît l’écho et n’a pas de miroir.
Vois partout alentour comme gagne le noir.
Je cesse d’exister et tu n’existes pas !
Reprends vite ma main et ne nous quitte pas !
Sombre de lune
Parfois la lune de dix heures
Dans la nuit claire,
Complice d'autrefois,
Ou un couple marchant du même pas
Nous meurtriront de regrets
Qui ranimeront de vives douleurs.
Pâleur
La cloche
Résonne
Le glas
Résonne
La cloche
Ma mère
En noir
Est blanche
Mon père
Repose
Dans son linceul gris
En noir
Ma mère
Est blanche
Le glas
Résonne
La cloche
Résonne
Le glas.
Il y avait dans tes yeux…
Il y avait dans tes yeux l’insolence féconde,
La soif inassouvie des horizons du monde,
Vers tous les au-delà où règne l’absolu.
Ta bouche s’animait d’étonnante faconde
Et masquait d’ironie la sagesse profonde
Dont, au fil des années, ton cœur t’avait mûri.
Ta passion du bruit, des féeries de lumière
Rayonnait à la fois l’éclair et le tonnerre
Dans cette bonne humeur qui charmait tes amis.
Mais tu savais aussi d’une douce amertume,
De gentillesse blonde sous ta tignasse brune
Savourer l’amitié, l’instant de rêverie.
Mon épaule a gardé l’empreinte encor brûlante
Du contact de ta main taquine, ou apaisante
Lorsque aux rocs du chemin nous nous sentions meurtris.
Et puis, j’ai vu soudain sous la lumière immonde
Le gouffre dilaté de ta pupille ronde
Quand tes yeux se sont tus.
Lucioles
Mes petites lumières vont par deux
Dans le noir sans fond du malheur.
Il y a toi plus elle deux
Qui me guidaient de vos yeux.
Et, tapies en un coin de ciel étoilé,
Scintillent les lucioles de l’amitié.
Mais toujours plus bas
Mon front se heurte à de froides parois
A jamais privées de clarté…
Silence
Oui, j’entends, l’oiseau chante !
Moins haut que ton silence.
Au loin danse la brume,
Mais vers qui court le vent
Quand tu ne bouges pas ?
De la ville s’élèvent
Et l’éclair et l’écho,
à-haut luit une étoile,
Toi, tu gis à plat dos.
Tout comme hier le ciel
Change aux couleurs du temps,
A midi le soleil
Peut chauffer rouge et blanc,
Tu auras toujours froid.
A quoi sert cet orage
Quand l’eau ne mouille pas ?
Qu’importe le tonnerre ?
Toi, tu ne grondes pas !
u es nu sous la terre.
Et moi, je reste là.
La vie
Sensations, émotions,
Douleurs et joies !
Déraison, dérision ?
La vie existe !
Puisqu’elle s’en va…
« Et que m’importe… »
Que m’importe cette vie
Que tu aimais ?
Que m’importe cette vie ?
Sans toi !
Pourtant ma vie persiste
Douce amère.
Ma vie existe
Cruelle, tendre, violente,
Sublime et fatale,
Démente !
Jusqu’au terme.
L’avenir
Seule assurance,
En l’ignorance du lendemain,
La mort est l’avenir de l’homme.
Tu crois au ciel, tu n’y crois pas ?
La belle affaire,
En l’inconnu d’un au-delà !
Notre destin n’existe pas.
Quand l’avenir mène au trépas,
Il mérite l’indifférence.
Le souvenir sans le regret
Et l’idéal sans l’illusion !
Foin du fol espoir et des larmes !
Car, pour chacun, petit ou grand,
Grain de sable sur la grand’plage,
L’horizon s’arrête au prochain virage.
Méfiant en la foi et ses guerres,
Tracer son propre itinéraire,
Suivre sa voie.
Qui souvent mène où l’on n’allait pas.
Chaos et …spiritualité
Ire de mai
Triste humanité !
L’homme est un loup pour l’homme ?
L’imagination de l’homme est sans borne,
Dans le raffinement de l’horreur.
L’homme invente
Les soldats de la démocratie
Gardiens des prisons de tortures,
Les clichés numériques
Pour immortaliser les sévices,
Les croix gammées sur les tombes
Dont l’odieux perpétue la hantise des fours crématoires.
Le chacal, le vampire tuent par instinct
Et par nécessité alimentaire.
L’homme invente
Le goulag,
Le viol organisé, les lapidations,
La cave Dutroux,
La drogue,
L’endoctrinement,
Les carnages intégristes,
Le terrorisme barbare, aveugle et imbécile,
Les supplices chinois,
La révolution « culturelle »,
L’esclavage,
Les génocides du Cambodge, du Rwanda,
D’Arménie, d’hier et de toujours,
Les Sabra et Chatila,
Le meurtre de Rabin
Et de Martin Luther King,
Les busheries pétrolifères au nom de la Bible
Et autres St Barthélemy,
La famine et les stock-options,
La bombe à fragmentation,
Et l'antipersonnelle,
L’arme atomique, chimique, bactériologique…
Assassin de la nature,
L’homme enfante la pollution de l’univers,
Négation du proche avenir,
Met la poule en batterie,
Rend la vache carnivore et alcoolique,
Asservit l’ensemble du règne animal,
Pour le mettre en broche et en panse.
Ayant éradiqué la lèpre, la peste et le choléra
Des seuls pays civilisés
Où les labos peuvent assurer leurs dividendes,
Il bénéficie, bonté divine,
Du sida.
Le rire est le propre de l’homme ?
Propre dites-vous ?
Né dans les cris et le sang,
Emballé d’un gluant placenta,
Créature divine, dit-on ?
A terme pourtant,
La bête humaine finit par devenir ce qu’elle est,
Un tas de viande,
Avariée à la fin de l’aventure.
Avec ses issues,
Paquet de pisse et de merde,
L’homme se perpétue en tas d’os !
Au Panthéon ou sans sépulture.
N’est-elle pas suffisamment
Absurde ?
Faut-il ajouter tant de barbarie
A la « condition humaine » ?
« Et c’est ainsi qu’Allah est grand ! »
Pour la plus grande gloire de Dieu !
Ignobles sans-caté
« Depuis la nuit des temps
On s’étripe gaiement
Au nom de Dieu… »
Dit l’ami Pierrot
Qui garde sa plume
Au clair de la lune,
Pour écrire ces mots.
Incroyant, agnostique ou athée !
Oseriez-vous parler de spiritualité ?
Vous vous interrogez autant que d’autres?
La belle affaire si nulle certitude n’est vôtre ?
La spiritualité ? Le spiritualisme ?
Le domaine du catéchisme !
Mais de quel caté ?
Dans la myriade des catés ?
Ces croyances, Monsieur, sont spirituellement
Fondées, divinement échues
De telle page de la sainte Bible ou du grand Talmud
De tel verset du sacré Coran !
Ou de l’ancienne ou récente déclaration
Du divin gourou
Hindouiste, chamaniste, bouddhiste, taoïste,
Maoïste, yogiste ou scientiste ?
« Depuis la nuit des temps
On s’étripe gaiement
Au nom de Dieu… »
Voyons, qu’importe le caté !
L’important c’est de croire,
C’est de croire l’important !
Pour se draper dans la spiritualité ?
De sa belle religion
La vraie ?
De son propre caté,
Le bon ?
Et pour se gausser
Des adeptes d’autres catés.
Voire de s’entretuer
Pour sa belle vérité révélée ?
« Depuis la nuit des temps
On s’étripe gaiement
Au nom de Dieu… »
Mais, non ! Grâce au nouvel œcuménisme.
Voyons, ne pas confondre avec laïcité
Qui fait sa place à l’impiété!
C’est la paix du monothéisme.
Lors de graves évènements
Pour les problèmes importants,
Nous voilà tous rassemblés,
Dépositaires de la spiritualité,
Imams, rabbins, évêques et pasteurs,
Eminents représentants
Des trois grands cultes de la République
Invités des grands palais laïques.
Ensemble l’on se sait représenter
Toute l’humaine spiritualité,
Méconnue de ces vils agnostiques
Ignorants de la suprême vérité.
Qu’aurions-nous à faire
De ces tristes athées ? Avec les sans-papiers
Pourquoi ne pas les ramener aux frontières
Ces vils décapités de spiritualité ?
Décapités dites-vous ?
Soyons donc rassurés
Ni les bourreaux ni Bush
Ne sont eux des sans-caté.
« Depuis la nuit des temps
On s’étripe gaiement
Au nom de Dieu… »
Nous dit Perret Pierre
Qui encre sa plume
Au clair de la lune
Pour armer ses vers.
Rude époque
Si tu es du quart monde,
Si tu perds ton job,
Tu peux crever de faim,
Même chez les rupins.
Si tu te promènes,
Fais gaffe tout de même.
Pour New York ou pour London
Délaisse l’avion.
Tout comme pour Oslo
Ne fais pas le rigolo
Enfourche ton vélo
Tu tomberas de moins haut.
Gare aux tours infernales
Des grandes capitales
Les villes en bidons
N’attirent pas l’avion.
Vois les latinos
T’auras de la bonne coke ;
Ca n’est pas du toc
Chez les bons guérilleros.
« Si tu vas à Rio
N’oublie pas de monter là-haut… »
Car en bas, caramba !
Parmi les favellas
O padre mio
Les jeunes pistoleros
Risquent de trouer ta peau
Pour quelques pesos.
Au fond de l'Afrique
Si jamais tu croques
La jolie moukère
Bénie par le saint-Père,
La jeune beauté
De couleur café
Sans capote t’filera l’sida
Tu seras chocolat.
Dans les îles sous l’arbre à pain,
Aux branches regarde bien
Si les tsunamis macabres
N’ont pas pendu de cadavres ?
Si tu te sens un peu seulabre
Lors d’un voyage à Sion
Evite les lamentations
Et le parpaing, tombé du mur sans palabres.
Pour franchir la rue de Gaza
Crois-moi, fais fissa
Entre les tanks de Tsahal
Et leurs balles !
En Irak ! Tac tac, les gars de Bush !
Les copains de Laden t’élargissent la bouche !
Tous te zigouillent volontiers
Pour instaurer la paix.
Voyage, voyages
Cercles
Rivé en solitude au flanc vert des montagnes,
Dans le rail du sentier bordé d’odeurs sauvages,
J’arpente la pâture et les champs de gentianes
Où l’âme souffre en rond, saoulée de fleurs étranges.
Aux chaleurs du zénith rougissant l’épiderme,
Je m’abreuve à la source et dépose mon sac.
Et l’ombre me ramène aux rives des eaux calmes
Où ma quête éperdue ceinture encor le lac.
Sur la surface sombre, de silence immobile,
Interrogeant le ciel aux reflets rouge brique,
Une branche est levée, d’où tombe une brindille
Et l’espoir s’engloutit en ondes concentriques.
Plombs et puys
Ce pays à l'écart,
Villages d'où l'on part.
Aux rougeurs qui se lèvent
Effaçant la vallée,
Toutes ces vieilles laves
Redressent leurs sommets.
Pays aux étés verts,
Près du chemin désert
Les mirages dorés
Des routes animées
Trompent la nostalgie
De tous ces feux éteints
Qui ramènent la nuit
Au pays où tu vins.
En barque dans les marais
Ce pays en retrait,
Bocages et marais,
Pays sauvage et fier
Peuplé de vieilles pierres.
Avec sa plaine aussi,
Cultures et mystères.
Eaux stagnantes ici
Et là ces grappes claires.
Entre de sombres haies,
Dans les jeux de lumière,
Aux ombres du passé,
Nous voguions en galère,
Au milieu de l’été
Du pays d’où tu es…
En l’île de beauté
Ce pays presque en marge,
Vaisseau ancré au large,
A demi en deça,
Par moitié au delà
Des montagnes centrales,
Le foc et la grand’voile.
Villages accrochés,
Des virages sans fin,
Rivages de rochers
Ou baies de sable fin
Aux filles bariolées.
Képis blancs exilés.
Des flammes insensées
Flagellent de plis noirs
Le maquis parsemé
Des silhouettes noires
D’antiques Colomba.
O ! Corsica bella !
Tu m’as aussi charmé,
Pays que tu aimais…
Vacances lointaines
Tout au long des canaux,
Dans les rues de la ville
Aux reflets des vitrines
J’ai guetté ton image.
Aux brumes du matin
Sur la montagne verte,
Ou tout près du ruisseau,
J’ai rêvé ton visage.
Au soleil de midi,
Sous l’ombre des forêts,
J’ai gravi les sentiers
Vers toi.
Au ciel des soirs d’été,
J’ajoutais deux étoiles
Aux fastes du couchant,
Pour capter ton regard.
Mais, c’est dans la nuit noire
En baissant les paupières
De grande solitude
Que je te retrouvais.
Lever de soleil
Aux reflets dérisoires de la clarté des torches,
Le pas mal assuré aux pierres du chemin,
Dans le silence sombre, nous grimpons, attentifs
Au bruissement des eaux, glissant vers le torrent.
Et, soudain dans le vent de la ligne de crête,
Ces croupes endormies, ces vastes étendues
Grondent brutalement en cinglantes rafales,
Précurseurs mugissants de la montée de l'astre.
Emergeant du magma, des formes se précisent ;
Fresques indifférentes, des groupes de chevaux
Campent près du sentier, la crinière flottant
Sur leur masse immobile au profil de gisant.
Enfin sur le sommet, l'architecture grise,
En subtiles nuances, s'articule à nos pieds ;
Paraissent des sillons ponctués de lucioles,
Cependant que le ciel peu à peu devient clair.
Dans les effluves roses, goélands du matin,
Les premières lueurs sur l'horizon de l'aube
Façonnent ton visage…bientôt évanoui
Dans le bal rouge et noir du soleil et des monts.
Ivresse
Terrasse fleurie sur la baie d’Hyères
Unis au bleu profond
De l’horizon marin,
Les ocres du couchant
Portés au long des vagues
Dansent sur les parois
Rocheuses de la rive,
Bercée du chant des cigales.
Au centre du tableau
Cadré par la grand’ baie,
L’éclair de voiles blanches
Détourne le regard
Des murs aux plages chaudes
De grandes toiles fauves,
Hantées du chant des cigales.
Hibiscus et lauriers
De rouge triomphant,
Bougainvillées intenses
Ou bleus volubilis
Enchâssent d’un écrin
Le riche promontoire
Grisé du chant des cigales.
Le pagne bariolé
De l’hôtesse autorise
Quelque rêve improbable
De trésors envoilés
Sous les doux chatoiements
De l’étoffe fleurie.
Quelque rêve grisé des rosés de Provence.
Pastels et épures
Sépia
M'amie,
J'ai fait pour vous ces petits vers.
Je n'en ai pas fait beaucoup, car ce n’est pas bien mon métier. Et je réclame pour eux votre indulgence.
Tu ne m'en voudras pas de t'avoir baptisée Héloïse. Je préfère de beaucoup Léna, mais j'ai dû sacrifier à la rime.
Bref je te livre le fruit d'une nuit d'insomnie :
Belle Héloïse,
Je suis à toi
Ce qu'est au chat,
La souris prise.
Privilège
Quand donc aurai-je,
Aurai jamais,
Le privilège
De te parler ?
Pourrons jamais,
En la beauté
D’un jour d'été,
Tous deux aller ?
*
A une jeune veuve…
Anniversaire breton
Tous les vents de la lande,
Le soleil et la mer,
Et même vos soupirs,
Et l’amer souvenir…
Vont aujourd’hui pâlir,
Sous l’admirable éclat
De vos trente quatre ans.
Vraiment
Qui donc a pu dire, madame,
Que les yeux sont une lucarne
Ouverte sur le cœur ou l’âme ?
Sans connaître vos yeux, madame ?
On voit tant de chaleur brûler dans votre cœur.
Votre âme est le reflet des tourments qu’elle incarne,
Mais brille tant d’amour et tant de dévouement,
Qu’un aveugle le voit sans le transcrire en braille
Et que pour l’exprimer mon rythme et ma rime défaillent !
Vos yeux, ta douce voix, vos sourires, vos larmes,
Nos craintes, nos alarmes, nos scrupules, nos joies
Sont en moi ! Je vous aime, madame !
Je t’aime, c’est tout bête, madame ;
Tu m’aimes, je crois, c’est tout bête,
C’est terrible et c’est tout bête,
On s’aime, madame,
Vraiment !
Jeux de miroirs
Je connais un miroir
Où je me plais à voir
Mon portrait embelli.
Et grâce à ce miroir
Tu peux en mes yeux voir
Ton image jolie.
Et l’on peut se revoir
Dix, cent fois, mille fois
En reflets infinis.
Au fond de toi, de moi
Lire sans fin la joie
D’être si fort unis.
Mais retenons nos souffles,
Une effluve suffit
A brouiller les miroirs.
Pénitence
Vous m’avez mis, Madame, en pénitence,
Avec vous pourtant, je n’ai jamais triché.
Puis-je espérer un jour votre clémence ?
Car, tu sais, on n’est pas très heureux au piquet !
A force de regarder dans l’angle,
On a un peu les yeux brouillés,
On songe à couper ses sangles,
A jeter son mouchoir mouillé !
Comment vivre sans espérance,
Condamné à perpétuité ?
Un jour, à défaut de votre indulgence,
Vous ne trouverez qu’un carré de linge fripé,
Il n’y aura plus personne au piquet !
Epure
J’aime le galbe de ton bras,
La finesse et l’arrondi.
J’aime toucher ton bras,
Ou simplement regarder
Ce merveilleux modelé,
Le plein et le délié.
J’aime la vivacité de tes bras
Et leur grâce,
Et puis leur chaîne autour de moi.
Pureté
Le rêve d’une vie limpide
Comme ton regard,
Quand tu oublies les tourments.
Moi je t’aime tant.
Sous de jolis atours,
Cette âme claire
Que l’on voit si bien par beau temps.
Moi je t’aime tant.
Besoin de présence
Et d’amour.
Vers moi, la pureté d’un élan !
Moi je t’aime tant.
Angoisses ! Remords ?
Pour le devoir, nouveau départ.
Tu te retournes pourtant…
Moi je t’aime tant.
Musique
Cristal
Sapins verts, blanc
Tapis tout blanc.
Neiges d’antan,
Rêves d’enfants.
Cristaux flambant
Et scintillant
Sous le soleil,
Monts et merveilles.
Le magicien
Je suis le magicien
« Le marchand de bonheur…»
La plus belle est celle
Qui est près de moi.
Mes attentions le disent,
Elle le sait par mes yeux
Et le sent dans ses yeux
Enchantés qui en luisent.
Sa grâce proclamée
D’un sourire à mes lèvres
Va s’ouvrir à ses lèvres
De joie ensoleillées.
Effleurant son oreille,
La caresse des mots
Lui donne l’assurance
Et le port d’une reine.
Héraut de sa beauté
Je règne sur sa cour
Magnifiant ses atours
Par tous plébiscités
La plus belle est celle
Qui est près de moi.
Je suis le magicien
Elle était près de moi
De toutes la plus belle.
J’étais le magicien.
Mélodie
La mélodie
De ta voix douce
Me rend heureux.
En ta présence,
Fi des silences
Qu’on aime à deux.
A quoi tu penses ?
Va, parle, oh dis !
Dis-moi la chance
D'être tous deux !
Au grand silence
De ton absence,
Garderai mieux
De ta voix douce
La mélodie.
Harmonie
Dans l’harmonie
De notre amour,
Par l’unisson
De nos deux cœurs,
La cohésion
De nos deux corps
Inonde l’âme
En plénitude.
Vient le doux calme
Qui enfle encor
La déraison
Du vrai bonheur.
C’est l’abandon
En notre amour,
Quelle harmonie !
Symphonie
La symphonie
De ton sourire
En moi rayonne
Du vi-olon
A la cymbale
C’est le grand bal.
Lorsqu’il s’efface,
Instant honni,
Les nues repassent,
Noires cavales,
Fini le bal ?
Pourtant très long,
Longtemps résonne
De ton sourire
La symphonie.
La ritournelle
La ritournelle
De nos soucis
Voile l’été.
Si nos amours
Chassent l’humour,
Peut-être un jour
En des querelles
Sempiternelles
Sombreront-elles ?
Oh ! Mon amour,
Avec humour
Il faut chanter
De nos soucis
La ritournelle
Plénitude
Vous voici en effet dans l’âge
Où ce corps que vous calomniez
Peut affirmer ses avantages
Pour enfin vous réconcilier.
Buste insolent, hanches dorées,
Est-il plus belle architecture ?
Laissez de formes admirées,
La caresse des yeux achever la sculpture.
Un cœur chaleureux d’espérance,
Riche des souffrances d’antan,
Des traits préserve la jouvence,
Pourquoi ne pas s’épanouir maintenant ?
Au soleil de la plénitude,
Les sourires bleus du présent
Soufflent au loin les effluves
De nostalgie aux yeux moqueurs de vos seize ans.
Sombra y sol :Table des thèmes
Les mots
Ombres et nuit
Chaos et… spiritualité
Voyage, voyages
Pastels et épures
Musique
Mistress Laura
« on sait pas toujours ce qu’on dit
lorsque naît la poésie
faut ensuite rechercher le thème
pour intituler le poème… »
Raymond Queneau
Mistress Laura
Sa mère aimait à faire des tresses
Des longs cheveux de Laura.
Son oncle Albert l’appela Miss Tresses,
Qui devint Mistress Laura.
Depuis longtemps que n’a plus de tresses
Notre petite Laura,
Voyez, bonnes gens, grande tristesse
De pauvre Mistress Laura.
Jamais ne s’est consolée Laura
D’être ainsi nommée Mistress,
Car tous la prétendaient leur maîtresse,
La pure et sage Laura.
Entra au couvent en grande liesse
Fuyant à jamais Mistress,
Afin que fut par tous reconnue
De sœur Laura la vertu.
Théodora
Te souviens-tu Théodora ?
Te souviens-tu de ce soir-là ?
Ce soir d’orage en Ori-ent…
Te souviens-tu Théodora ?
De l’enivrante odeur du thé,
Du thé de Chine et des épices…
Cœur et autres couleurs
Voulez-vous Monique
Aller en piqu’nique ?
Vos yeux disent non !
Que craignez-vous donc ?
Suis-je un polisson,
Aux viles passions,
Qui, au jeu de pique,
Préfère fornique ?
Pourtant le piqu’nique,
Sans le jeu de pique,
Souvent dans le cœur
Plante le bonheur !
Ta jupe à carreaux
Accroche aux roseaux ?
Allons dans le trèfle,
Il n’y a pas de nèfles !
Moralité :
Viens donc dans le trèfle,
T’iras pas pour rien !
Bluette
Pâquerette,
Vi-olette,
Brin de muguet.
Amourette
Joli-ette,
Du mois de mai ?
Joli bouquet
Toute l’année !
A tout jamais,
Joli bouquet ?
Odelette
Une grande ode
Pour la belle Aude
Du preux Rolland.
Et pour Odette
Une odelette ?
Oh ! Seulement !
Cette fleur fragile
Ce triste regard
Sous les cheveux noirs,
Ce n’est pas Renoir !
Cette fleur fragile,
Au long cou gracile,
Sur ce corps docile…
Modigli-ani !
Est-ce sa magie
Qui nous lie Annie?
Vos yeux
Vos yeux pour mes yeux sont
D’un tel attrait magique,
Que tel un papillon,
Au feu de ton regard
Comme Icare au soleil,
Je viens, brûlant mes ailes,
M’abîmer à vos pieds,
En t’offrant ma supplique !
Erreur de calcul
Une bonne nouvelle !
J’ai refait mes comptes, tu sais !
Sachant, jeune Isabelle,
Que le mois de juin suit le mois de mai,
Mais, qu’il est avant les deux mois suivants,
Je n’ai seulement que trente huit ans !
Ineptie ?
Quelle ineptie
La poésie !
Est-il plus bête
Que le poète ?
Pourquoi faut-il,
De la pensée,
Mouler le fil
Dans un corset ?
Ah oui, monsieur !
Ouvrez les yeux !
La poésie,
Quelle ineptie !
Pourtant madame,
Vous savez, vous !
C’est bien son âme,
Parmi ses rimes,
Qu’il livre à tous,
Le mauvais mime.
Et qu’il vous aime,
Le croiriez-vous,
Sans ses poèmes ?
Eminente opinion
- Sans vouloir imposer mes idées nullement
ne pensez-vous pas que bilihien souvent
de trop longs développements
on pourrait les phrases écourter,
voireu ne pas hésiter
même à en supprimer,
sans altérer pourtant
l’utile précisi-ion
et tout en préservant
la bonne compréhensi-ion
et…
- Mais si,
Messie,
Merci !
Incurie
Quel leader irresponsable
Eut-il un jour l’idée saugrenue
De confier la présentation
Des diverses éditions du dictionnaire Robert
A une docte jeune femme privée d’appas.
L’exposant évidemment
A certains propos discourtois :
« - Tavuléhobé?
- Moi ? Jéhinvudutou ! »
Monorimie
Latitalice
- Attention Brice,
et toi Patrice,
que notre Alice…
- Didon Maurice
Mékélalice ?
- Eh ben, l’Alice,
la factrice
de Lapalisse !
- Ah !
latitalice !
-‘ttention qu’Alice
ne salisse
de silice,
avec délice,
par malice
ou par vice,
le beau calice
à vis,
si lisse,
du curé de Galice !
- Kécuré de Galice ?
- Tu sais bien Brice,
L’ancien novice
De Saint-Sulpice,
gare aux sévices
de la police
ou la milice
ké de service !
Gaffe à Alice !
- Oké, Maurice.
Holorimie
Allez ! On jeûne ? hurle Hubert. Lucille a faim. Venez !
Ah Léon ! Jeune hurluberlu ! Si la fin venait !
Polyrimie
Pour la parodie
d’une chanson d’Audie
Ta mélodie,
Tu me l’as dit,
Se mêle Audie
A mes lots, dis !
Tu mets l’eau, dis ?
Pour le café ?
De la Paix,
Pardi !
A Polymnie (muse de la poésie)
Idylle
Ma muse m’amuse.
Ma muse, ma muse,
Cousine, me plaît.
On s’aime ! Poème !
Câline, ma muse,
Cousine, elle est.
Nuages, j’enrage !
Volage, ma muse,
Cousine, tu sais !
Un certain regard parmi des mèches brunes…
Elle portait de longs cheveux
Et n’avait pas froid aux yeux,
Car cela les protégeaient
De la bise de janvier
Voussoiement
Te vouvoyer, jolie madame,
N’est-il pas élégant
Et galant ?
Entre hommes,
Une origine plébéienne
Rend naturel le tutoiement.
Mais pour certains,
D’extraction plus noble sans doute,
Il en va tout différemment !
Vouvoyons-les,
En belles phrases
Importantes en société.
Mais si l’on a un jour
A leur parler, pourquoi ?
Ne pas alors les tutoyer ?
Devine…
Tu penses à qui ?
Voyons Jackie,
Je pense à toi !
Et puis…A quoi ?
Veux-tu qu’on dîne ?
Où ça ? Devine !
La Tour d’Argent ?
Ou chez Laurent ?
Amie divine,
Ce soir on dîne.
Et puis ?
Devine…
Natacha
Si tu t’attach’à Natacha,
N’va pas au lit chez Nathalie !
Ou de la belle Natacha
Crains les griffes de chat
Pour cette pauvre Nathalie
Et pour toi n’oublie pas
Le long surin d’cousin Ali !
A Patricia, notre belle hôtesse dite Pat
Un tel raffinement, chère amie, nous épate.
Et, nous n’osons le dire, mais nous voilà vraiment
Traité par vous ici, comme un vrai coq en pâte.
Au diable notre ligne et profitons, gourmand,
Sans crainte des douceurs d’un peu d’empâtement.
Mais fussions-nous traité comme un gai coq…en Pat,
En si belle aventure, nous serions trop prudent
Pour risquer dans la pâte un levain trop ardent !
Au diable vos pudeurs, ravissons-nous céans,
Sans crainte des douleurs d’un peu d’enfantement !
Silhouette
Caressés de sa main,
Les cheveux de Rosette
Ondulent en blondeur
Légère.
La cambrure des reins
Sur deux hautes gambettes
Souligne les rondeurs
Arrière.
L’insolence des seins,
Le rire des mirettes
Suscitent des ardeurs
Guerrières.
« Vanitas vanitatis, et omnia vanitas. »
Qu’on…
Qu’on soit le pauvre,
Le tribuable
Le vrai, le sale,
Le petit ou le grand,
Jeune des vieux ou réciproquement,
Il n’y a pas d’âge ni d’apanage.
Rassemblons donc notre talent,
Formons un grand chœur triomphant !
Accompagné de l’héli-
Con, évidemment.
Mistress Laura : Table des poèmes
Mistress Laura
Théodora
Coeur et autres couleurs
Bluette. Odelette
Cette fleur fragile
Vos yeux. Erreur
Ineptie ?
Eminente opinion. Incurie
Monorimie
Holorimie. Polyrimie
A Polymnie
Un certain regard. Voussoiement
Devine
Natacha
A Patricia
Silhouette
Qu’on…
